Title | La Physique d’Empédocle selon Simplicius |
Type | Article |
Language | French |
Date | 1989 |
Journal | Revue belge de philologie et d'histoire |
Volume | 67 |
Issue | 1 |
Pages | 65-74 |
Categories | no categories |
Author(s) | Stevens, Annick |
Editor(s) | |
Translator(s) |
J'en arrive à faire la synthèse de l'apport positif et original qui résulte de l'étude de Simplicius. Tout d'abord, quand il ne se démarque pas de la tradition doxographique, c'est qu'elle transmet l'interprétation la plus plausible : ainsi, la matérialité des racines à partir desquelles sont créés tous les corps et l'explication de leurs mélanges par l'introduction de principes de création, auxquels il donne un nom assez prudent pour ne pas offrir prise à la réfutation. Remarquons en outre sa clairvoyance quant au choix de la désignation des principes créateurs à partir de notions connues dans le réel observable, pour décrire le réel invisible. D'autre part, Simplicius se démarque des autres doxographes anciens en refusant la conception d'un cycle cosmique à quatre phases. Là encore, si l'on veut respecter le texte d'Empédocle, on ne peut que lui donner raison : seuls deux stades cosmiques sont décrits : le tout unifié de la Sphère (où la Haine, néanmoins, n'est pas détruite mais retirée aux confins) et la multiplicité née de l'opposition des deux principes créateurs. Il fallait en effet souligner que ni l'un ni l'autre ne peut créer seul ; en ce sens, ils sont, autant qu'opposés, complémentaires. Reste à savoir si ces deux stades existent alternativement ou simultanément et, à ce propos, il est clair que Simplicius a voulu imposer la vision néo-platonicienne au détriment de la stricte observation du texte. Ses arguments en faveur de la « double disposition » sont faibles et parfois même péremptoires, dans la mesure où il annihile les passages qui le gênent en les qualifiant de « fiction poétique ». En revanche, sa « solution de rechange », qui fait état d'une coexistence entre le mouvement et une certaine forme d'immobilité (donc, d'une certaine manière, d'une double manifestation du réel) — cette immobilité résultant de l'incessant roulement du devenir —, cette conception, loin d'entrer en contradiction avec ce que nous savons des théories présocratiques en général et empédocléenne en particulier, est extrêmement intéressante et peut ouvrir la voie à un nouvel examen approfondi du poème d'Empédocle. [conclusion p. 74] |
Online Resources | https://uni-koeln.sciebo.de/s/tQhjx4b0GzJ1L5S |
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