La fin du Néoplatonisme Hellénique. Mise au point sur la question, 2002
By: Saihi, Sofian
Title La fin du Néoplatonisme Hellénique. Mise au point sur la question
Type Article
Language French
Date 2002
Journal Revue de Philosophie Ancienne
Volume 20
Issue 2
Pages 83-110
Categories no categories
Author(s) Saihi, Sofian
Editor(s)
Translator(s)
À ce stade de notre exposé, il est temps de dresser un bilan récapitulatif des travaux de M. Tardieu. Pour ce dernier, après avoir quitté Athènes, nos philosophes néoplatoniciens se sont rendus à Harrân. Cette cité nous est plus familière sous sa dénomination latine : Carrhae. Il s'agit d'une ville romaine de langue gréco-syriaque, toute proche de la frontière perse, à trente kilomètres au sud-est d'Édesse. Si nous avons dit qu'elle nous est familière, en voici la raison : en 53 avant notre ère, Crassus, membre du premier triumvirat avec Pompée et César, dirige une expédition en Perse. Richissime mais sans gloire militaire, il part à la recherche d'un exploit contre les Parthes. Or, ces derniers le mettent en déroute à Carrhae, où il se fait assassiner. C'est dans cette même ville que, quatre siècles plus tard, l'empereur Julien a effectué ses dernières dévotions avant de tomber sous les coups de Sâbuhr II. D'après M. Tardieu, donc, c'est également là que Simplicius, son maître Damascius, et les autres auraient définitivement élu domicile. Accueillis au sein, ou à l'origine eux-mêmes, d'une école néoplatonicienne, ils auraient continué à vivre, travailler et enseigner ensemble à Harrân. Ils auraient été, en somme, chez eux parmi des populations encore attachées au paganisme. Ils s'y seraient sentis bien et auraient décidé d'y rester. Au vu de ses propres déductions, Ilsetraut Hadot n'a pu rester indifférente aux résultats des travaux de Michel Tardieu. Elle le suit et le soutient ardemment. Et des chercheurs comme Pierre Chuvin, Lambros Couloubaritsis ou Alain de Libéra se sont rangés de leur côté. Par ailleurs, peu de critiques sont venues réfuter ses travaux. Certes, Luc Brisson, Paul Foulkes et, plus sérieusement, Simone Van Riet les ont mis en question. Mais Ilsetraut Hadot a su dissiper leurs doutes sans trop de difficulté. Par conséquent, bien que l'hypothèse de Michel Tardieu reste encore à asseoir plus solidement, si nous admettons avec lui que Damascius et ses compagnons ont emporté les pénates du néoplatonisme à Harrân, nous devrions retrouver les vestiges d'un tel foyer. Nous insinuons par là que si ces lieux ont bel et bien abrité une école néoplatonicienne, il doit nécessairement en subsister des traces tangibles. Une empreinte que nous pourrions peut-être relever dans la pensée philosophique musulmane et dont il faudrait établir les rapports avec la doctrine des Sâbiens. À cette fin, il semble primordial de se pencher sur la première philosophie en terre d'Islam. Par une telle élucidation, nous serions alors en mesure de dégager les structures profondes du néoplatonisme qui y subsistent et, pourquoi pas, déterminer par quelle voie oblique cette doctrine a bien pu cheminer entre l'Antiquité tardive et le Moyen Âge. [conclusion p. 108-110]

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By: Saihi, Sofian
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Type Article
Language French
Date 2002
Journal Revue de Philosophie Ancienne
Volume 20
Issue 2
Pages 83-110
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Author(s) Saihi, Sofian
Editor(s)
Translator(s)
À ce stade de notre exposé, il est temps de dresser un bilan récapitulatif des travaux de M. Tardieu. Pour ce dernier, après avoir quitté Athènes, nos philosophes néoplatoniciens se sont rendus à Harrân. Cette cité nous est plus familière sous sa dénomination latine : Carrhae. Il s'agit d'une ville romaine de langue gréco-syriaque, toute proche de la frontière perse, à trente kilomètres au sud-est d'Édesse. Si nous avons dit qu'elle nous est familière, en voici la raison : en 53 avant notre ère, Crassus, membre du premier triumvirat avec Pompée et César, dirige une expédition en Perse. Richissime mais sans gloire militaire, il part à la recherche d'un exploit contre les Parthes. Or, ces derniers le mettent en déroute à Carrhae, où il se fait assassiner. C'est dans cette même ville que, quatre siècles plus tard, l'empereur Julien a effectué ses dernières dévotions avant de tomber sous les coups de Sâbuhr II.

D'après M. Tardieu, donc, c'est également là que Simplicius, son maître Damascius, et les autres auraient définitivement élu domicile. Accueillis au sein, ou à l'origine eux-mêmes, d'une école néoplatonicienne, ils auraient continué à vivre, travailler et enseigner ensemble à Harrân. Ils auraient été, en somme, chez eux parmi des populations encore attachées au paganisme. Ils s'y seraient sentis bien et auraient décidé d'y rester.

Au vu de ses propres déductions, Ilsetraut Hadot n'a pu rester indifférente aux résultats des travaux de Michel Tardieu. Elle le suit et le soutient ardemment. Et des chercheurs comme Pierre Chuvin, Lambros Couloubaritsis ou Alain de Libéra se sont rangés de leur côté. Par ailleurs, peu de critiques sont venues réfuter ses travaux. Certes, Luc Brisson, Paul Foulkes et, plus sérieusement, Simone Van Riet les ont mis en question. Mais Ilsetraut Hadot a su dissiper leurs doutes sans trop de difficulté.

Par conséquent, bien que l'hypothèse de Michel Tardieu reste encore à asseoir plus solidement, si nous admettons avec lui que Damascius et ses compagnons ont emporté les pénates du néoplatonisme à Harrân, nous devrions retrouver les vestiges d'un tel foyer. Nous insinuons par là que si ces lieux ont bel et bien abrité une école néoplatonicienne, il doit nécessairement en subsister des traces tangibles. Une empreinte que nous pourrions peut-être relever dans la pensée philosophique musulmane et dont il faudrait établir les rapports avec la doctrine des Sâbiens. À cette fin, il semble primordial de se pencher sur la première philosophie en terre d'Islam. Par une telle élucidation, nous serions alors en mesure de dégager les structures profondes du néoplatonisme qui y subsistent et, pourquoi pas, déterminer par quelle voie oblique cette doctrine a bien pu cheminer entre l'Antiquité tardive et le Moyen Âge. [conclusion p. 108-110]

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