Alexandre d’Aphrodise, Simplicius, et la cause efficiente de l’univers, 2017
By: Golitsis, Pantelis, Balansard, Anne (Ed.), Jaulin, Annick (Ed.)
Title Alexandre d’Aphrodise, Simplicius, et la cause efficiente de l’univers
Type Book Section
Language French
Date 2017
Published in Alexandre d'Aphrodise et la métaphysique aristotéliecienne
Pages 217-235
Categories no categories
Author(s) Golitsis, Pantelis
Editor(s) Balansard, Anne , Jaulin, Annick
Translator(s)
Les commentaires aristotéliciens de Simplicius, du moins ceux sur le traité Du ciel et sur la Physique, seraient sensiblement différents si l’exégète néoplatonicien n’avait pas eu accès aux commentaires d’Alexandre d’Aphrodise. Simplicius appelle Alexandre « l’étudiant le plus attentif d’Aristote » et ses abondantes références aux explications de l’exégète péripatéticien montrent de manière éloquente que les commentaires de ce dernier étaient pour lui des outils indispensables : ils lui ont permis d’expliquer plusieurs difficultés du texte d’Aristote, exception faite des cas où Aristote critique (ou semble critiquer, comme dirait Simplicius lui-même) Platon. Dans l’un de ces cas, la position de Simplicius envers Alexandre est clairement exprimée : Je crois qu’Alexandre d’Aphrodise, dans les autres cas, suit manifestement de belle manière, plus belle que celle des autres philosophes péripatéticiens, les discours d’Aristote. Pourtant, à propos de ce que dit Aristote contre Platon, il me semble qu’il ne respecte plus le but de l’antilogie d’Aristote, but qui vise l’apparence des discours de Platon, mais il objecte à Platon en quelque sorte avec perfidie, puisqu’il n’essaie pas uniquement de réfuter, lui aussi, le sens apparent de ce que dit Platon par souci envers les gens simples, comme Aristote l’a précisément fait, mais il calomnie les concepts du divin Platon et tente de tirer des conclusions qui ne suivent fréquemment même pas le sens apparent de son discours. Par l’emploi de l’adverbe κακοσχόλως («malicieusement», «avec perfidie»), Simplicius suggère à ses lecteurs qu’Alexandre connaissait en réalité le vrai objectif des critiques d’Aristote, qu’il a pourtant caché à ses propres lecteurs à cause de son appartenance à une secte philosophique, à savoir celle des Péripatéticiens. Les critiques d’Aristote envers Platon font preuve, selon Simplicius, du souci pédagogique du Stagirite ; elles sont mises en œuvre pour protéger les âmes philosophantes des contresens qu’elles risquent de faire en abordant des doctrines philosophiques qui sont difficilement compréhensibles. Les critiques apparentes concernent surtout la doctrine platonicienne de l’âme, comme dans le passage précédemment cité, où Aristote, selon l’interprétation que Simplicius propose contre Alexandre, se livre à une critique apparente du Timée 36e2-4 : « [L’âme], tissée à travers le ciel, du centre à l’extrémité […] commença une vie perpétuelle et raisonnable » (ἡ δὲ ἐκ μέσου πρὸς τὸν ἔσχατον οὐρανὸν πάσῃ διεκλακεῖσα […] ἤρξατο ἀθανάτου καὶ φρονίμου βίου). Si Aristote a ainsi critiqué Platon, c’est pour que les philosophes débutants ne pensent pas, à cause de l’usage en réalité métaphorique du participe διεκλακεῖσα («tissée»), que l’âme du monde, matériellement présente dans le corps céleste, le contraigne à se mouvoir en cercle, ce qui aurait deux conséquences non voulues : Que le mouvement circulaire ne serait pas le mouvement naturel du ciel, Que l’âme, exerçant une contrainte sur le ciel, ne pourrait pas vraiment mener une vie bienheureuse. La critique d’Aristote concerne aussi la thèse, intenable, selon laquelle le monde fut « engendré » (γενητός) dans le temps, thèse qu’Aristote attribue à Platon seulement à un premier niveau de lecture, en adaptant son discours au degré de connaissance des âmes philosophantes. Ces dernières n’arrivent pas encore à saisir le sens de γενητός comme renvoyant, dans le contexte du Timée, à ce qui n’est pas « auto-constituant » (αὐτοσύστατον), mais qui reçoit son existence d’une autre réalité, aussi sous un mode intemporel. Du point de vue de Simplicius, Aristote ne critique pas Platon, mais il critique en guise de préliminaire une fausse interprétation de Platon, afin que les étudiants ne soient pas amenés à croire, par leur lecture superficielle du Timée, à la création du monde. Les critiques que Simplicius adresse à Alexandre, dans son Commentaire au traité Du ciel comme dans son Commentaire à la Physique, sont toutes liées au fait que l’Aphrodisien interprète Aristote à la lettre. Cela vaut aussi pour le problème philosophique que nous nous proposons d’examiner ici, à savoir celui de savoir si l’univers a une cause efficiente ou non. [introduction p. 217-219]

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Les critiques d\u2019Aristote envers Platon font preuve, selon Simplicius, du souci p\u00e9dagogique du Stagirite ; elles sont mises en \u0153uvre pour prot\u00e9ger les \u00e2mes philosophantes des contresens qu\u2019elles risquent de faire en abordant des doctrines philosophiques qui sont difficilement compr\u00e9hensibles.\r\n\r\nLes critiques apparentes concernent surtout la doctrine platonicienne de l\u2019\u00e2me, comme dans le passage pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9, o\u00f9 Aristote, selon l\u2019interpr\u00e9tation que Simplicius propose contre Alexandre, se livre \u00e0 une critique apparente du Tim\u00e9e 36e2-4 :\r\n\r\n \u00ab [L\u2019\u00e2me], tiss\u00e9e \u00e0 travers le ciel, du centre \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 [\u2026] commen\u00e7a une vie perp\u00e9tuelle et raisonnable \u00bb (\u1f21 \u03b4\u1f72 \u1f10\u03ba \u03bc\u03ad\u03c3\u03bf\u03c5 \u03c0\u03c1\u1f78\u03c2 \u03c4\u1f78\u03bd \u1f14\u03c3\u03c7\u03b1\u03c4\u03bf\u03bd \u03bf\u1f50\u03c1\u03b1\u03bd\u1f78\u03bd \u03c0\u03ac\u03c3\u1fc3 \u03b4\u03b9\u03b5\u03ba\u03bb\u03b1\u03ba\u03b5\u1fd6\u03c3\u03b1 [\u2026] \u1f24\u03c1\u03be\u03b1\u03c4\u03bf \u1f00\u03b8\u03b1\u03bd\u03ac\u03c4\u03bf\u03c5 \u03ba\u03b1\u1f76 \u03c6\u03c1\u03bf\u03bd\u03af\u03bc\u03bf\u03c5 \u03b2\u03af\u03bf\u03c5).\r\n\r\nSi Aristote a ainsi critiqu\u00e9 Platon, c\u2019est pour que les philosophes d\u00e9butants ne pensent pas, \u00e0 cause de l\u2019usage en r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9taphorique du participe \u03b4\u03b9\u03b5\u03ba\u03bb\u03b1\u03ba\u03b5\u1fd6\u03c3\u03b1 (\u00abtiss\u00e9e\u00bb), que l\u2019\u00e2me du monde, mat\u00e9riellement pr\u00e9sente dans le corps c\u00e9leste, le contraigne \u00e0 se mouvoir en cercle, ce qui aurait deux cons\u00e9quences non voulues :\r\n\r\n Que le mouvement circulaire ne serait pas le mouvement naturel du ciel,\r\n Que l\u2019\u00e2me, exer\u00e7ant une contrainte sur le ciel, ne pourrait pas vraiment mener une vie bienheureuse.\r\n\r\nLa critique d\u2019Aristote concerne aussi la th\u00e8se, intenable, selon laquelle le monde fut \u00ab engendr\u00e9 \u00bb (\u03b3\u03b5\u03bd\u03b7\u03c4\u03cc\u03c2) dans le temps, th\u00e8se qu\u2019Aristote attribue \u00e0 Platon seulement \u00e0 un premier niveau de lecture, en adaptant son discours au degr\u00e9 de connaissance des \u00e2mes philosophantes. Ces derni\u00e8res n\u2019arrivent pas encore \u00e0 saisir le sens de \u03b3\u03b5\u03bd\u03b7\u03c4\u03cc\u03c2 comme renvoyant, dans le contexte du Tim\u00e9e, \u00e0 ce qui n\u2019est pas \u00ab auto-constituant \u00bb (\u03b1\u1f50\u03c4\u03bf\u03c3\u03cd\u03c3\u03c4\u03b1\u03c4\u03bf\u03bd), mais qui re\u00e7oit son existence d\u2019une autre r\u00e9alit\u00e9, aussi sous un mode intemporel.\r\n\r\nDu point de vue de Simplicius, Aristote ne critique pas Platon, mais il critique en guise de pr\u00e9liminaire une fausse interpr\u00e9tation de Platon, afin que les \u00e9tudiants ne soient pas amen\u00e9s \u00e0 croire, par leur lecture superficielle du Tim\u00e9e, \u00e0 la cr\u00e9ation du monde.\r\n\r\nLes critiques que Simplicius adresse \u00e0 Alexandre, dans son Commentaire au trait\u00e9 Du ciel comme dans son Commentaire \u00e0 la Physique, sont toutes li\u00e9es au fait que l\u2019Aphrodisien interpr\u00e8te Aristote \u00e0 la lettre. Cela vaut aussi pour le probl\u00e8me philosophique que nous nous proposons d\u2019examiner ici, \u00e0 savoir celui de savoir si l\u2019univers a une cause efficiente ou non.\r\n[introduction p. 217-219]","btype":2,"date":"2017","language":"French","online_url":"","online_resources":"https:\/\/uni-koeln.sciebo.de\/s\/z0tM2tB9CIsYiik","doi_url":null,"categories":[],"authors":[{"id":129,"full_name":"Golitsis, Pantelis","role":{"id":1,"role_name":"author"}},{"id":447,"full_name":"Balansard, Anne","role":{"id":2,"role_name":"editor"}},{"id":448,"full_name":"Jaulin, Annick","role":{"id":2,"role_name":"editor"}}],"book":null,"booksection":{"id":1324,"section_of":273,"pages":"217-235","is_catalog":null,"book":{"id":273,"bilderberg_idno":null,"dare_idno":null,"catalog_idno":null,"entry_type":null,"type":4,"language":"fr","title":"Alexandre d'Aphrodise et la m\u00e9taphysique aristot\u00e9liecienne","title_transcript":"","title_translation":"","short_title":"Balansard-Jaulin_2017","has_no_author":null,"volume":null,"date":"2017","edition_no":null,"free_date":"2017","abstract":"Les neuf \u00e9tudes de ce volume portent sur le Commentaire \u00e0 la M\u00e9taphysique d'Aristote par Alexandre d'Aphrodise, \u00e9crit au tournant des IIe et IIIe si\u00e8cles. Elles ont \u00e9t\u00e9 suscit\u00e9es par le colloque international \"Alexandre d'Aphrodise et la m\u00e9taphysique aristot\u00e9licienne\", tenu \u00e0 l'Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne du 22 au 24 juin 2015. La question de la r\u00e9ception est au c\u0153ur de ces \u00e9tudes : r\u00e9ception de la M\u00e9taphysique par Alexandre, r\u00e9ception de son ex\u00e9g\u00e8se par la tradition ult\u00e9rieure. En effet, le commentaire d'Alexandre \u00e9tablit la compr\u00e9hension du texte d'Aristote \u00e0 partir du IIIe si\u00e8cle ; il servira de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 toutes les interpr\u00e9tations ult\u00e9rieures, qu'elles soient n\u00e9oplatoniciennes, arabes ou latines. Ces \u00e9tudes mettent en \u00e9vidence les rapports complexes entre logique, physique, philosophie premi\u00e8re et m\u00eame \u00e9thique, \u00e9tablis par le commentaire d'Alexandre. La question la plus disput\u00e9e est celle de l'usage des Cat\u00e9gories dans le commentaire \u00e0 la M\u00e9taphysique. Les neuf \u00e9tudes ont pour auteurs : Cristina Cerami, Riccardo Chiaradonna, Michel Crubellier, Silvia Fazzo, Pantelis Golitsis, Gweltaz Guyomarc'h, Annick Jaulin, Claire Louguet, Marwan Rashed.","republication_of":null,"online_url":"","online_resources":"https:\/\/uni-koeln.sciebo.de\/s\/6CJEJ5bTfAFzZdH","translation_of":null,"new_edition_of":null,"is_catalog":0,"in_bibliography":0,"is_inactive":0,"notes":null,"doi_url":null,"book":{"id":273,"pubplace":"Leuven \u2013 Paris \u2013 Bristol, CT","publisher":"Peeters","series":"","volume":"","edition_no":"","valid_from":null,"valid_until":null}}},"article":null},"sort":[2017]}

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Alexandre d’Aphrodise, Simplicius, et la cause efficiente de l’univers, 2017
By: Golitsis, Pantelis, Balansard, Anne (Ed.), Jaulin, Annick (Ed.)
Title Alexandre d’Aphrodise, Simplicius, et la cause efficiente de l’univers
Type Book Section
Language French
Date 2017
Published in Alexandre d'Aphrodise et la métaphysique aristotéliecienne
Pages 217-235
Categories no categories
Author(s) Golitsis, Pantelis
Editor(s) Balansard, Anne , Jaulin, Annick
Translator(s)
Les commentaires aristotéliciens de Simplicius, du moins ceux sur le traité Du ciel et sur la Physique, seraient sensiblement différents si l’exégète néoplatonicien n’avait pas eu accès aux commentaires d’Alexandre d’Aphrodise. Simplicius appelle Alexandre « l’étudiant le plus attentif d’Aristote » et ses abondantes références aux explications de l’exégète péripatéticien montrent de manière éloquente que les commentaires de ce dernier étaient pour lui des outils indispensables : ils lui ont permis d’expliquer plusieurs difficultés du texte d’Aristote, exception faite des cas où Aristote critique (ou semble critiquer, comme dirait Simplicius lui-même) Platon. Dans l’un de ces cas, la position de Simplicius envers Alexandre est clairement exprimée :

    Je crois qu’Alexandre d’Aphrodise, dans les autres cas, suit manifestement de belle manière, plus belle que celle des autres philosophes péripatéticiens, les discours d’Aristote. Pourtant, à propos de ce que dit Aristote contre Platon, il me semble qu’il ne respecte plus le but de l’antilogie d’Aristote, but qui vise l’apparence des discours de Platon, mais il objecte à Platon en quelque sorte avec perfidie, puisqu’il n’essaie pas uniquement de réfuter, lui aussi, le sens apparent de ce que dit Platon par souci envers les gens simples, comme Aristote l’a précisément fait, mais il calomnie les concepts du divin Platon et tente de tirer des conclusions qui ne suivent fréquemment même pas le sens apparent de son discours.

Par l’emploi de l’adverbe κακοσχόλως («malicieusement», «avec perfidie»), Simplicius suggère à ses lecteurs qu’Alexandre connaissait en réalité le vrai objectif des critiques d’Aristote, qu’il a pourtant caché à ses propres lecteurs à cause de son appartenance à une secte philosophique, à savoir celle des Péripatéticiens. Les critiques d’Aristote envers Platon font preuve, selon Simplicius, du souci pédagogique du Stagirite ; elles sont mises en œuvre pour protéger les âmes philosophantes des contresens qu’elles risquent de faire en abordant des doctrines philosophiques qui sont difficilement compréhensibles.

Les critiques apparentes concernent surtout la doctrine platonicienne de l’âme, comme dans le passage précédemment cité, où Aristote, selon l’interprétation que Simplicius propose contre Alexandre, se livre à une critique apparente du Timée 36e2-4 :

    « [L’âme], tissée à travers le ciel, du centre à l’extrémité […] commença une vie perpétuelle et raisonnable » (ἡ δὲ ἐκ μέσου πρὸς τὸν ἔσχατον οὐρανὸν πάσῃ διεκλακεῖσα […] ἤρξατο ἀθανάτου καὶ φρονίμου βίου).

Si Aristote a ainsi critiqué Platon, c’est pour que les philosophes débutants ne pensent pas, à cause de l’usage en réalité métaphorique du participe διεκλακεῖσα («tissée»), que l’âme du monde, matériellement présente dans le corps céleste, le contraigne à se mouvoir en cercle, ce qui aurait deux conséquences non voulues :

    Que le mouvement circulaire ne serait pas le mouvement naturel du ciel,
    Que l’âme, exerçant une contrainte sur le ciel, ne pourrait pas vraiment mener une vie bienheureuse.

La critique d’Aristote concerne aussi la thèse, intenable, selon laquelle le monde fut « engendré » (γενητός) dans le temps, thèse qu’Aristote attribue à Platon seulement à un premier niveau de lecture, en adaptant son discours au degré de connaissance des âmes philosophantes. Ces dernières n’arrivent pas encore à saisir le sens de γενητός comme renvoyant, dans le contexte du Timée, à ce qui n’est pas « auto-constituant » (αὐτοσύστατον), mais qui reçoit son existence d’une autre réalité, aussi sous un mode intemporel.

Du point de vue de Simplicius, Aristote ne critique pas Platon, mais il critique en guise de préliminaire une fausse interprétation de Platon, afin que les étudiants ne soient pas amenés à croire, par leur lecture superficielle du Timée, à la création du monde.

Les critiques que Simplicius adresse à Alexandre, dans son Commentaire au traité Du ciel comme dans son Commentaire à la Physique, sont toutes liées au fait que l’Aphrodisien interprète Aristote à la lettre. Cela vaut aussi pour le problème philosophique que nous nous proposons d’examiner ici, à savoir celui de savoir si l’univers a une cause efficiente ou non.
[introduction p. 217-219]

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Simplicius appelle Alexandre \u00ab l\u2019\u00e9tudiant le plus attentif d\u2019Aristote \u00bb et ses abondantes r\u00e9f\u00e9rences aux explications de l\u2019ex\u00e9g\u00e8te p\u00e9ripat\u00e9ticien montrent de mani\u00e8re \u00e9loquente que les commentaires de ce dernier \u00e9taient pour lui des outils indispensables : ils lui ont permis d\u2019expliquer plusieurs difficult\u00e9s du texte d\u2019Aristote, exception faite des cas o\u00f9 Aristote critique (ou semble critiquer, comme dirait Simplicius lui-m\u00eame) Platon. Dans l\u2019un de ces cas, la position de Simplicius envers Alexandre est clairement exprim\u00e9e :\r\n\r\n Je crois qu\u2019Alexandre d\u2019Aphrodise, dans les autres cas, suit manifestement de belle mani\u00e8re, plus belle que celle des autres philosophes p\u00e9ripat\u00e9ticiens, les discours d\u2019Aristote. Pourtant, \u00e0 propos de ce que dit Aristote contre Platon, il me semble qu\u2019il ne respecte plus le but de l\u2019antilogie d\u2019Aristote, but qui vise l\u2019apparence des discours de Platon, mais il objecte \u00e0 Platon en quelque sorte avec perfidie, puisqu\u2019il n\u2019essaie pas uniquement de r\u00e9futer, lui aussi, le sens apparent de ce que dit Platon par souci envers les gens simples, comme Aristote l\u2019a pr\u00e9cis\u00e9ment fait, mais il calomnie les concepts du divin Platon et tente de tirer des conclusions qui ne suivent fr\u00e9quemment m\u00eame pas le sens apparent de son discours.\r\n\r\nPar l\u2019emploi de l\u2019adverbe \u03ba\u03b1\u03ba\u03bf\u03c3\u03c7\u03cc\u03bb\u03c9\u03c2 (\u00abmalicieusement\u00bb, \u00abavec perfidie\u00bb), Simplicius sugg\u00e8re \u00e0 ses lecteurs qu\u2019Alexandre connaissait en r\u00e9alit\u00e9 le vrai objectif des critiques d\u2019Aristote, qu\u2019il a pourtant cach\u00e9 \u00e0 ses propres lecteurs \u00e0 cause de son appartenance \u00e0 une secte philosophique, \u00e0 savoir celle des P\u00e9ripat\u00e9ticiens. Les critiques d\u2019Aristote envers Platon font preuve, selon Simplicius, du souci p\u00e9dagogique du Stagirite ; elles sont mises en \u0153uvre pour prot\u00e9ger les \u00e2mes philosophantes des contresens qu\u2019elles risquent de faire en abordant des doctrines philosophiques qui sont difficilement compr\u00e9hensibles.\r\n\r\nLes critiques apparentes concernent surtout la doctrine platonicienne de l\u2019\u00e2me, comme dans le passage pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9, o\u00f9 Aristote, selon l\u2019interpr\u00e9tation que Simplicius propose contre Alexandre, se livre \u00e0 une critique apparente du Tim\u00e9e 36e2-4 :\r\n\r\n \u00ab [L\u2019\u00e2me], tiss\u00e9e \u00e0 travers le ciel, du centre \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 [\u2026] commen\u00e7a une vie perp\u00e9tuelle et raisonnable \u00bb (\u1f21 \u03b4\u1f72 \u1f10\u03ba \u03bc\u03ad\u03c3\u03bf\u03c5 \u03c0\u03c1\u1f78\u03c2 \u03c4\u1f78\u03bd \u1f14\u03c3\u03c7\u03b1\u03c4\u03bf\u03bd \u03bf\u1f50\u03c1\u03b1\u03bd\u1f78\u03bd \u03c0\u03ac\u03c3\u1fc3 \u03b4\u03b9\u03b5\u03ba\u03bb\u03b1\u03ba\u03b5\u1fd6\u03c3\u03b1 [\u2026] \u1f24\u03c1\u03be\u03b1\u03c4\u03bf \u1f00\u03b8\u03b1\u03bd\u03ac\u03c4\u03bf\u03c5 \u03ba\u03b1\u1f76 \u03c6\u03c1\u03bf\u03bd\u03af\u03bc\u03bf\u03c5 \u03b2\u03af\u03bf\u03c5).\r\n\r\nSi Aristote a ainsi critiqu\u00e9 Platon, c\u2019est pour que les philosophes d\u00e9butants ne pensent pas, \u00e0 cause de l\u2019usage en r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9taphorique du participe \u03b4\u03b9\u03b5\u03ba\u03bb\u03b1\u03ba\u03b5\u1fd6\u03c3\u03b1 (\u00abtiss\u00e9e\u00bb), que l\u2019\u00e2me du monde, mat\u00e9riellement pr\u00e9sente dans le corps c\u00e9leste, le contraigne \u00e0 se mouvoir en cercle, ce qui aurait deux cons\u00e9quences non voulues :\r\n\r\n Que le mouvement circulaire ne serait pas le mouvement naturel du ciel,\r\n Que l\u2019\u00e2me, exer\u00e7ant une contrainte sur le ciel, ne pourrait pas vraiment mener une vie bienheureuse.\r\n\r\nLa critique d\u2019Aristote concerne aussi la th\u00e8se, intenable, selon laquelle le monde fut \u00ab engendr\u00e9 \u00bb (\u03b3\u03b5\u03bd\u03b7\u03c4\u03cc\u03c2) dans le temps, th\u00e8se qu\u2019Aristote attribue \u00e0 Platon seulement \u00e0 un premier niveau de lecture, en adaptant son discours au degr\u00e9 de connaissance des \u00e2mes philosophantes. Ces derni\u00e8res n\u2019arrivent pas encore \u00e0 saisir le sens de \u03b3\u03b5\u03bd\u03b7\u03c4\u03cc\u03c2 comme renvoyant, dans le contexte du Tim\u00e9e, \u00e0 ce qui n\u2019est pas \u00ab auto-constituant \u00bb (\u03b1\u1f50\u03c4\u03bf\u03c3\u03cd\u03c3\u03c4\u03b1\u03c4\u03bf\u03bd), mais qui re\u00e7oit son existence d\u2019une autre r\u00e9alit\u00e9, aussi sous un mode intemporel.\r\n\r\nDu point de vue de Simplicius, Aristote ne critique pas Platon, mais il critique en guise de pr\u00e9liminaire une fausse interpr\u00e9tation de Platon, afin que les \u00e9tudiants ne soient pas amen\u00e9s \u00e0 croire, par leur lecture superficielle du Tim\u00e9e, \u00e0 la cr\u00e9ation du monde.\r\n\r\nLes critiques que Simplicius adresse \u00e0 Alexandre, dans son Commentaire au trait\u00e9 Du ciel comme dans son Commentaire \u00e0 la Physique, sont toutes li\u00e9es au fait que l\u2019Aphrodisien interpr\u00e8te Aristote \u00e0 la lettre. Cela vaut aussi pour le probl\u00e8me philosophique que nous nous proposons d\u2019examiner ici, \u00e0 savoir celui de savoir si l\u2019univers a une cause efficiente ou non.\r\n[introduction p. 217-219]","btype":2,"date":"2017","language":"French","online_url":"","online_resources":"https:\/\/uni-koeln.sciebo.de\/s\/z0tM2tB9CIsYiik","doi_url":null,"categories":[],"authors":[{"id":129,"full_name":"Golitsis, Pantelis","role":{"id":1,"role_name":"author"}},{"id":447,"full_name":"Balansard, Anne","role":{"id":2,"role_name":"editor"}},{"id":448,"full_name":"Jaulin, Annick","role":{"id":2,"role_name":"editor"}}],"book":null,"booksection":{"id":1324,"section_of":273,"pages":"217-235","is_catalog":null,"book":{"id":273,"bilderberg_idno":null,"dare_idno":null,"catalog_idno":null,"entry_type":null,"type":4,"language":"fr","title":"Alexandre d'Aphrodise et la m\u00e9taphysique aristot\u00e9liecienne","title_transcript":"","title_translation":"","short_title":"Balansard-Jaulin_2017","has_no_author":null,"volume":null,"date":"2017","edition_no":null,"free_date":"2017","abstract":"Les neuf \u00e9tudes de ce volume portent sur le Commentaire \u00e0 la M\u00e9taphysique d'Aristote par Alexandre d'Aphrodise, \u00e9crit au tournant des IIe et IIIe si\u00e8cles. Elles ont \u00e9t\u00e9 suscit\u00e9es par le colloque international \"Alexandre d'Aphrodise et la m\u00e9taphysique aristot\u00e9licienne\", tenu \u00e0 l'Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on-Sorbonne du 22 au 24 juin 2015. La question de la r\u00e9ception est au c\u0153ur de ces \u00e9tudes : r\u00e9ception de la M\u00e9taphysique par Alexandre, r\u00e9ception de son ex\u00e9g\u00e8se par la tradition ult\u00e9rieure. En effet, le commentaire d'Alexandre \u00e9tablit la compr\u00e9hension du texte d'Aristote \u00e0 partir du IIIe si\u00e8cle ; il servira de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 toutes les interpr\u00e9tations ult\u00e9rieures, qu'elles soient n\u00e9oplatoniciennes, arabes ou latines. Ces \u00e9tudes mettent en \u00e9vidence les rapports complexes entre logique, physique, philosophie premi\u00e8re et m\u00eame \u00e9thique, \u00e9tablis par le commentaire d'Alexandre. La question la plus disput\u00e9e est celle de l'usage des Cat\u00e9gories dans le commentaire \u00e0 la M\u00e9taphysique. Les neuf \u00e9tudes ont pour auteurs : Cristina Cerami, Riccardo Chiaradonna, Michel Crubellier, Silvia Fazzo, Pantelis Golitsis, Gweltaz Guyomarc'h, Annick Jaulin, Claire Louguet, Marwan Rashed.","republication_of":null,"online_url":"","online_resources":"https:\/\/uni-koeln.sciebo.de\/s\/6CJEJ5bTfAFzZdH","translation_of":null,"new_edition_of":null,"is_catalog":0,"in_bibliography":0,"is_inactive":0,"notes":null,"doi_url":null,"book":{"id":273,"pubplace":"Leuven \u2013 Paris \u2013 Bristol, CT","publisher":"Peeters","series":"","volume":"","edition_no":"","valid_from":null,"valid_until":null}}},"article":null},"sort":["Alexandre d\u2019Aphrodise, Simplicius, et la cause efficiente de l\u2019univers"]}

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