Title | Aperçu de la réception de la doctrine stoïcienne du mélange total dans le néoplatonisme après Plotin |
Type | Article |
Language | French |
Date | 2007 |
Journal | Revue de Philosophie Ancienne |
Volume | 25 |
Issue | 2 |
Pages | 67-100 |
Categories | no categories |
Author(s) | Cohen, Daniel |
Editor(s) | |
Translator(s) |
Aux niveaux les plus inférieurs, où prédomine la multiplicité et la division, le mélange peut se manifester selon deux modes : Ou bien les composants d'une totalité préservent leur identité au détriment de l'unité du produit du mélange (il ne s'agit alors pas à proprement parler d'un mélange mais plutôt d'un « assemblage » dans lequel les éléments sont simplement juxtaposés : il s'agit plutôt de la παράθεσις stoïcienne ou de la σύνθεσις d'Aristote). Ou bien le produit du mélange forme une véritable totalité unifiée, mais alors cette unité est réalisée au détriment de l'identité des composantes, qui s'altèrent et se confondent pour former une entité nouvelle (il s'agit alors de la σύγχυσις stoïcienne ou du véritable mélange au sens aristotélicien). Au niveau des réalités immatérielles, c'est sur le modèle stoïcien du mélange total que les Néoplatoniciens envisagent cette paradoxale « fusion sans confusion » qui unifie toute multiplicité sur le mode de la totalité antérieure à la dispersion de ses parties au sein de la matière. Dans la mesure où les jugements que les Néoplatoniciens portent sur l'héritage philosophique des doctrines anciennes se présentent la plupart du temps comme une confrontation avec la perspective qui est supposée être celle de Platon, on peut dire que la réception néoplatonicienne des physiques du mélange d'Aristote et des Stoïciens aboutit à la conclusion suivante : Les Stoïciens se trompent parce qu'ils rendent les causes immanentes et donc mélangées à la matière. Aristote a raison, mais il se limite à rendre compte des phénomènes sensibles. Aristote et les Stoïciens font partie de ce que Proclus qualifiera de « crème des disputeurs qui, pour avoir observé quelque petite portion de la nature, pensent pouvoir déchirer Platon ». Ce n'est donc pas le moindre des paradoxes si les représentants du Néoplatonisme, après avoir rejeté les lois de la physique aristotélicienne comme n'ayant de validité qu'au seul niveau sensible, et après avoir vigoureusement critiqué le matérialisme stoïcien, ont transposé la donnée la plus fondamentale de la physique stoïcienne — celle qui permettait aux Stoïciens de justifier l'immanence intégrale de la causalité divine (et donc le matérialisme corporaliste le plus radical) — aux niveaux les plus élevés, comme régissant les relations entre les réalités immatérielles et incorporelles. Comme l'a bien montré Pierre Hadot, cette transfiguration doctrinale, qui deviendra typique de la démarche néoplatonicienne, a été amorcée dans le cadre de la synthèse réalisée par Porphyre. En ce sens, écrivait-il, « c'est précisément une des caractéristiques de la doctrine porphyrienne (...) de montrer que le Stoïcisme n'est vrai que dans la transposition néoplatonicienne, la physique stoïcienne devenant ainsi une métaphysique », de sorte que « la théorie des mélanges élaborée par les Stoïciens ne découvre sa vérité que sur le plan intelligible ». Nous avons vu cependant que cette vérité se découvre avant même d'envisager le mélange proprement noétique, Porphyre lui-même ayant déjà fait intervenir la krasis stoïcienne dans le contexte d'un exposé sur l'embryologie, et les Néoplatoniciens ultérieurs dans cet ordre intermédiaire, négligé par Plotin, où se tiennent les « corps immatériels » non qualifiés. La conception stoïcienne du mélange total s'est finalement imposée au sein de la métaphysique néoplatonicienne au prix d'un double réaménagement doctrinal, ayant eu pour résultat : La synthèse de la doctrine stoïcienne de l'interpénétration totale sans confusion avec les élaborations aristotéliciennes de l'acte et de la puissance. La transposition du domaine des réalités matérielles à celui des réalités corporelles non encore engagées dans la matière première. [conclusion p. 99-100] |
Online Resources | https://uni-koeln.sciebo.de/s/T9kWS2QRZ2oeq7V |
{"_index":"sire","_id":"1273","_score":null,"_source":{"id":1273,"authors_free":[{"id":1863,"entry_id":1273,"agent_type":"person","is_normalised":1,"person_id":51,"institution_id":null,"role":{"id":1,"role_name":"author"},"free_name":"Cohen, Daniel","free_first_name":"Daniel","free_last_name":"Cohen","norm_person":{"id":51,"first_name":"Daniel","last_name":"Cohen","full_name":"Cohen, Daniel","short_ident":"","is_classical_name":null,"dnb_url":"http:\/\/d-nb.info\/gnd\/1024876659","viaf_url":"","db_url":"","from_claudius":null}}],"entry_title":"Aper\u00e7u de la r\u00e9ception de la doctrine sto\u00efcienne du m\u00e9lange total dans le n\u00e9oplatonisme apr\u00e8s Plotin","main_title":{"title":"Aper\u00e7u de la r\u00e9ception de la doctrine sto\u00efcienne du m\u00e9lange total dans le n\u00e9oplatonisme apr\u00e8s Plotin"},"abstract":"Aux niveaux les plus inf\u00e9rieurs, o\u00f9 pr\u00e9domine la multiplicit\u00e9 et la division, le m\u00e9lange peut se manifester selon deux modes :\r\n\r\n Ou bien les composants d'une totalit\u00e9 pr\u00e9servent leur identit\u00e9 au d\u00e9triment de l'unit\u00e9 du produit du m\u00e9lange (il ne s'agit alors pas \u00e0 proprement parler d'un m\u00e9lange mais plut\u00f4t d'un \u00ab assemblage \u00bb dans lequel les \u00e9l\u00e9ments sont simplement juxtapos\u00e9s : il s'agit plut\u00f4t de la \u03c0\u03b1\u03c1\u03ac\u03b8\u03b5\u03c3\u03b9\u03c2 sto\u00efcienne ou de la \u03c3\u03cd\u03bd\u03b8\u03b5\u03c3\u03b9\u03c2 d'Aristote).\r\n Ou bien le produit du m\u00e9lange forme une v\u00e9ritable totalit\u00e9 unifi\u00e9e, mais alors cette unit\u00e9 est r\u00e9alis\u00e9e au d\u00e9triment de l'identit\u00e9 des composantes, qui s'alt\u00e8rent et se confondent pour former une entit\u00e9 nouvelle (il s'agit alors de la \u03c3\u03cd\u03b3\u03c7\u03c5\u03c3\u03b9\u03c2 sto\u00efcienne ou du v\u00e9ritable m\u00e9lange au sens aristot\u00e9licien).\r\n\r\nAu niveau des r\u00e9alit\u00e9s immat\u00e9rielles, c'est sur le mod\u00e8le sto\u00efcien du m\u00e9lange total que les N\u00e9oplatoniciens envisagent cette paradoxale \u00ab fusion sans confusion \u00bb qui unifie toute multiplicit\u00e9 sur le mode de la totalit\u00e9 ant\u00e9rieure \u00e0 la dispersion de ses parties au sein de la mati\u00e8re.\r\n\r\nDans la mesure o\u00f9 les jugements que les N\u00e9oplatoniciens portent sur l'h\u00e9ritage philosophique des doctrines anciennes se pr\u00e9sentent la plupart du temps comme une confrontation avec la perspective qui est suppos\u00e9e \u00eatre celle de Platon, on peut dire que la r\u00e9ception n\u00e9oplatonicienne des physiques du m\u00e9lange d'Aristote et des Sto\u00efciens aboutit \u00e0 la conclusion suivante :\r\n\r\n Les Sto\u00efciens se trompent parce qu'ils rendent les causes immanentes et donc m\u00e9lang\u00e9es \u00e0 la mati\u00e8re.\r\n Aristote a raison, mais il se limite \u00e0 rendre compte des ph\u00e9nom\u00e8nes sensibles.\r\n\r\nAristote et les Sto\u00efciens font partie de ce que Proclus qualifiera de \u00ab cr\u00e8me des disputeurs qui, pour avoir observ\u00e9 quelque petite portion de la nature, pensent pouvoir d\u00e9chirer Platon \u00bb.\r\n\r\nCe n'est donc pas le moindre des paradoxes si les repr\u00e9sentants du N\u00e9oplatonisme, apr\u00e8s avoir rejet\u00e9 les lois de la physique aristot\u00e9licienne comme n'ayant de validit\u00e9 qu'au seul niveau sensible, et apr\u00e8s avoir vigoureusement critiqu\u00e9 le mat\u00e9rialisme sto\u00efcien, ont transpos\u00e9 la donn\u00e9e la plus fondamentale de la physique sto\u00efcienne \u2014 celle qui permettait aux Sto\u00efciens de justifier l'immanence int\u00e9grale de la causalit\u00e9 divine (et donc le mat\u00e9rialisme corporaliste le plus radical) \u2014 aux niveaux les plus \u00e9lev\u00e9s, comme r\u00e9gissant les relations entre les r\u00e9alit\u00e9s immat\u00e9rielles et incorporelles.\r\n\r\nComme l'a bien montr\u00e9 Pierre Hadot, cette transfiguration doctrinale, qui deviendra typique de la d\u00e9marche n\u00e9oplatonicienne, a \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9e dans le cadre de la synth\u00e8se r\u00e9alis\u00e9e par Porphyre. En ce sens, \u00e9crivait-il, \u00ab c'est pr\u00e9cis\u00e9ment une des caract\u00e9ristiques de la doctrine porphyrienne (...) de montrer que le Sto\u00efcisme n'est vrai que dans la transposition n\u00e9oplatonicienne, la physique sto\u00efcienne devenant ainsi une m\u00e9taphysique \u00bb, de sorte que \u00ab la th\u00e9orie des m\u00e9langes \u00e9labor\u00e9e par les Sto\u00efciens ne d\u00e9couvre sa v\u00e9rit\u00e9 que sur le plan intelligible \u00bb.\r\n\r\nNous avons vu cependant que cette v\u00e9rit\u00e9 se d\u00e9couvre avant m\u00eame d'envisager le m\u00e9lange proprement no\u00e9tique, Porphyre lui-m\u00eame ayant d\u00e9j\u00e0 fait intervenir la krasis sto\u00efcienne dans le contexte d'un expos\u00e9 sur l'embryologie, et les N\u00e9oplatoniciens ult\u00e9rieurs dans cet ordre interm\u00e9diaire, n\u00e9glig\u00e9 par Plotin, o\u00f9 se tiennent les \u00ab corps immat\u00e9riels \u00bb non qualifi\u00e9s.\r\n\r\nLa conception sto\u00efcienne du m\u00e9lange total s'est finalement impos\u00e9e au sein de la m\u00e9taphysique n\u00e9oplatonicienne au prix d'un double r\u00e9am\u00e9nagement doctrinal, ayant eu pour r\u00e9sultat :\r\n\r\n La synth\u00e8se de la doctrine sto\u00efcienne de l'interp\u00e9n\u00e9tration totale sans confusion avec les \u00e9laborations aristot\u00e9liciennes de l'acte et de la puissance.\r\n La transposition du domaine des r\u00e9alit\u00e9s mat\u00e9rielles \u00e0 celui des r\u00e9alit\u00e9s corporelles non encore engag\u00e9es dans la mati\u00e8re premi\u00e8re. [conclusion p. 99-100]","btype":3,"date":"2007","language":"French","online_url":"","online_resources":"https:\/\/uni-koeln.sciebo.de\/s\/T9kWS2QRZ2oeq7V","doi_url":null,"categories":[],"authors":[{"id":51,"full_name":"Cohen, Daniel","role":{"id":1,"role_name":"author"}}],"book":null,"booksection":null,"article":{"id":1273,"journal_id":null,"journal_name":"Revue de Philosophie Ancienne","volume":"25 ","issue":"2","pages":"67-100"}},"sort":[2007]}
Title | Aperçu de la réception de la doctrine stoïcienne du mélange total dans le néoplatonisme après Plotin |
Type | Article |
Language | French |
Date | 2007 |
Journal | Revue de Philosophie Ancienne |
Volume | 25 |
Issue | 2 |
Pages | 67-100 |
Categories | no categories |
Author(s) | Cohen, Daniel |
Editor(s) | |
Translator(s) |
Aux niveaux les plus inférieurs, où prédomine la multiplicité et la division, le mélange peut se manifester selon deux modes : Ou bien les composants d'une totalité préservent leur identité au détriment de l'unité du produit du mélange (il ne s'agit alors pas à proprement parler d'un mélange mais plutôt d'un « assemblage » dans lequel les éléments sont simplement juxtaposés : il s'agit plutôt de la παράθεσις stoïcienne ou de la σύνθεσις d'Aristote). Ou bien le produit du mélange forme une véritable totalité unifiée, mais alors cette unité est réalisée au détriment de l'identité des composantes, qui s'altèrent et se confondent pour former une entité nouvelle (il s'agit alors de la σύγχυσις stoïcienne ou du véritable mélange au sens aristotélicien). Au niveau des réalités immatérielles, c'est sur le modèle stoïcien du mélange total que les Néoplatoniciens envisagent cette paradoxale « fusion sans confusion » qui unifie toute multiplicité sur le mode de la totalité antérieure à la dispersion de ses parties au sein de la matière. Dans la mesure où les jugements que les Néoplatoniciens portent sur l'héritage philosophique des doctrines anciennes se présentent la plupart du temps comme une confrontation avec la perspective qui est supposée être celle de Platon, on peut dire que la réception néoplatonicienne des physiques du mélange d'Aristote et des Stoïciens aboutit à la conclusion suivante : Les Stoïciens se trompent parce qu'ils rendent les causes immanentes et donc mélangées à la matière. Aristote a raison, mais il se limite à rendre compte des phénomènes sensibles. Aristote et les Stoïciens font partie de ce que Proclus qualifiera de « crème des disputeurs qui, pour avoir observé quelque petite portion de la nature, pensent pouvoir déchirer Platon ». Ce n'est donc pas le moindre des paradoxes si les représentants du Néoplatonisme, après avoir rejeté les lois de la physique aristotélicienne comme n'ayant de validité qu'au seul niveau sensible, et après avoir vigoureusement critiqué le matérialisme stoïcien, ont transposé la donnée la plus fondamentale de la physique stoïcienne — celle qui permettait aux Stoïciens de justifier l'immanence intégrale de la causalité divine (et donc le matérialisme corporaliste le plus radical) — aux niveaux les plus élevés, comme régissant les relations entre les réalités immatérielles et incorporelles. Comme l'a bien montré Pierre Hadot, cette transfiguration doctrinale, qui deviendra typique de la démarche néoplatonicienne, a été amorcée dans le cadre de la synthèse réalisée par Porphyre. En ce sens, écrivait-il, « c'est précisément une des caractéristiques de la doctrine porphyrienne (...) de montrer que le Stoïcisme n'est vrai que dans la transposition néoplatonicienne, la physique stoïcienne devenant ainsi une métaphysique », de sorte que « la théorie des mélanges élaborée par les Stoïciens ne découvre sa vérité que sur le plan intelligible ». Nous avons vu cependant que cette vérité se découvre avant même d'envisager le mélange proprement noétique, Porphyre lui-même ayant déjà fait intervenir la krasis stoïcienne dans le contexte d'un exposé sur l'embryologie, et les Néoplatoniciens ultérieurs dans cet ordre intermédiaire, négligé par Plotin, où se tiennent les « corps immatériels » non qualifiés. La conception stoïcienne du mélange total s'est finalement imposée au sein de la métaphysique néoplatonicienne au prix d'un double réaménagement doctrinal, ayant eu pour résultat : La synthèse de la doctrine stoïcienne de l'interpénétration totale sans confusion avec les élaborations aristotéliciennes de l'acte et de la puissance. La transposition du domaine des réalités matérielles à celui des réalités corporelles non encore engagées dans la matière première. [conclusion p. 99-100] |
Online Resources | https://uni-koeln.sciebo.de/s/T9kWS2QRZ2oeq7V |
{"_index":"sire","_id":"1273","_score":null,"_source":{"id":1273,"authors_free":[{"id":1863,"entry_id":1273,"agent_type":"person","is_normalised":1,"person_id":51,"institution_id":null,"role":{"id":1,"role_name":"author"},"free_name":"Cohen, Daniel","free_first_name":"Daniel","free_last_name":"Cohen","norm_person":{"id":51,"first_name":"Daniel","last_name":"Cohen","full_name":"Cohen, Daniel","short_ident":"","is_classical_name":null,"dnb_url":"http:\/\/d-nb.info\/gnd\/1024876659","viaf_url":"","db_url":"","from_claudius":null}}],"entry_title":"Aper\u00e7u de la r\u00e9ception de la doctrine sto\u00efcienne du m\u00e9lange total dans le n\u00e9oplatonisme apr\u00e8s Plotin","main_title":{"title":"Aper\u00e7u de la r\u00e9ception de la doctrine sto\u00efcienne du m\u00e9lange total dans le n\u00e9oplatonisme apr\u00e8s Plotin"},"abstract":"Aux niveaux les plus inf\u00e9rieurs, o\u00f9 pr\u00e9domine la multiplicit\u00e9 et la division, le m\u00e9lange peut se manifester selon deux modes :\r\n\r\n Ou bien les composants d'une totalit\u00e9 pr\u00e9servent leur identit\u00e9 au d\u00e9triment de l'unit\u00e9 du produit du m\u00e9lange (il ne s'agit alors pas \u00e0 proprement parler d'un m\u00e9lange mais plut\u00f4t d'un \u00ab assemblage \u00bb dans lequel les \u00e9l\u00e9ments sont simplement juxtapos\u00e9s : il s'agit plut\u00f4t de la \u03c0\u03b1\u03c1\u03ac\u03b8\u03b5\u03c3\u03b9\u03c2 sto\u00efcienne ou de la \u03c3\u03cd\u03bd\u03b8\u03b5\u03c3\u03b9\u03c2 d'Aristote).\r\n Ou bien le produit du m\u00e9lange forme une v\u00e9ritable totalit\u00e9 unifi\u00e9e, mais alors cette unit\u00e9 est r\u00e9alis\u00e9e au d\u00e9triment de l'identit\u00e9 des composantes, qui s'alt\u00e8rent et se confondent pour former une entit\u00e9 nouvelle (il s'agit alors de la \u03c3\u03cd\u03b3\u03c7\u03c5\u03c3\u03b9\u03c2 sto\u00efcienne ou du v\u00e9ritable m\u00e9lange au sens aristot\u00e9licien).\r\n\r\nAu niveau des r\u00e9alit\u00e9s immat\u00e9rielles, c'est sur le mod\u00e8le sto\u00efcien du m\u00e9lange total que les N\u00e9oplatoniciens envisagent cette paradoxale \u00ab fusion sans confusion \u00bb qui unifie toute multiplicit\u00e9 sur le mode de la totalit\u00e9 ant\u00e9rieure \u00e0 la dispersion de ses parties au sein de la mati\u00e8re.\r\n\r\nDans la mesure o\u00f9 les jugements que les N\u00e9oplatoniciens portent sur l'h\u00e9ritage philosophique des doctrines anciennes se pr\u00e9sentent la plupart du temps comme une confrontation avec la perspective qui est suppos\u00e9e \u00eatre celle de Platon, on peut dire que la r\u00e9ception n\u00e9oplatonicienne des physiques du m\u00e9lange d'Aristote et des Sto\u00efciens aboutit \u00e0 la conclusion suivante :\r\n\r\n Les Sto\u00efciens se trompent parce qu'ils rendent les causes immanentes et donc m\u00e9lang\u00e9es \u00e0 la mati\u00e8re.\r\n Aristote a raison, mais il se limite \u00e0 rendre compte des ph\u00e9nom\u00e8nes sensibles.\r\n\r\nAristote et les Sto\u00efciens font partie de ce que Proclus qualifiera de \u00ab cr\u00e8me des disputeurs qui, pour avoir observ\u00e9 quelque petite portion de la nature, pensent pouvoir d\u00e9chirer Platon \u00bb.\r\n\r\nCe n'est donc pas le moindre des paradoxes si les repr\u00e9sentants du N\u00e9oplatonisme, apr\u00e8s avoir rejet\u00e9 les lois de la physique aristot\u00e9licienne comme n'ayant de validit\u00e9 qu'au seul niveau sensible, et apr\u00e8s avoir vigoureusement critiqu\u00e9 le mat\u00e9rialisme sto\u00efcien, ont transpos\u00e9 la donn\u00e9e la plus fondamentale de la physique sto\u00efcienne \u2014 celle qui permettait aux Sto\u00efciens de justifier l'immanence int\u00e9grale de la causalit\u00e9 divine (et donc le mat\u00e9rialisme corporaliste le plus radical) \u2014 aux niveaux les plus \u00e9lev\u00e9s, comme r\u00e9gissant les relations entre les r\u00e9alit\u00e9s immat\u00e9rielles et incorporelles.\r\n\r\nComme l'a bien montr\u00e9 Pierre Hadot, cette transfiguration doctrinale, qui deviendra typique de la d\u00e9marche n\u00e9oplatonicienne, a \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9e dans le cadre de la synth\u00e8se r\u00e9alis\u00e9e par Porphyre. En ce sens, \u00e9crivait-il, \u00ab c'est pr\u00e9cis\u00e9ment une des caract\u00e9ristiques de la doctrine porphyrienne (...) de montrer que le Sto\u00efcisme n'est vrai que dans la transposition n\u00e9oplatonicienne, la physique sto\u00efcienne devenant ainsi une m\u00e9taphysique \u00bb, de sorte que \u00ab la th\u00e9orie des m\u00e9langes \u00e9labor\u00e9e par les Sto\u00efciens ne d\u00e9couvre sa v\u00e9rit\u00e9 que sur le plan intelligible \u00bb.\r\n\r\nNous avons vu cependant que cette v\u00e9rit\u00e9 se d\u00e9couvre avant m\u00eame d'envisager le m\u00e9lange proprement no\u00e9tique, Porphyre lui-m\u00eame ayant d\u00e9j\u00e0 fait intervenir la krasis sto\u00efcienne dans le contexte d'un expos\u00e9 sur l'embryologie, et les N\u00e9oplatoniciens ult\u00e9rieurs dans cet ordre interm\u00e9diaire, n\u00e9glig\u00e9 par Plotin, o\u00f9 se tiennent les \u00ab corps immat\u00e9riels \u00bb non qualifi\u00e9s.\r\n\r\nLa conception sto\u00efcienne du m\u00e9lange total s'est finalement impos\u00e9e au sein de la m\u00e9taphysique n\u00e9oplatonicienne au prix d'un double r\u00e9am\u00e9nagement doctrinal, ayant eu pour r\u00e9sultat :\r\n\r\n La synth\u00e8se de la doctrine sto\u00efcienne de l'interp\u00e9n\u00e9tration totale sans confusion avec les \u00e9laborations aristot\u00e9liciennes de l'acte et de la puissance.\r\n La transposition du domaine des r\u00e9alit\u00e9s mat\u00e9rielles \u00e0 celui des r\u00e9alit\u00e9s corporelles non encore engag\u00e9es dans la mati\u00e8re premi\u00e8re. [conclusion p. 99-100]","btype":3,"date":"2007","language":"French","online_url":"","online_resources":"https:\/\/uni-koeln.sciebo.de\/s\/T9kWS2QRZ2oeq7V","doi_url":null,"categories":[],"authors":[{"id":51,"full_name":"Cohen, Daniel","role":{"id":1,"role_name":"author"}}],"book":null,"booksection":null,"article":{"id":1273,"journal_id":null,"journal_name":"Revue de Philosophie Ancienne","volume":"25 ","issue":"2","pages":"67-100"}},"sort":["Aper\u00e7u de la r\u00e9ception de la doctrine sto\u00efcienne du m\u00e9lange total dans le n\u00e9oplatonisme apr\u00e8s Plotin"]}